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Histoire familiale de Fabian Regairaz · 3/8

1704 : Anne Gilliard et les biens d’une exploitation

Le moulin Brunet à Walincourt-Selvigny, photographié en 2010 : tour de pierre et ailes sous un ciel bleu
Le moulin Brunet, à Walincourt-Selvigny, photographié le 15 avril 2010 par Pierre André Leclercq. Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Repère du paysage meunier local : cette photographie ne permet pas d’identifier le moulin mentionné dans le contrat de 1704.
Dans ce récit
  1. L’histoire
  2. Quatre-vingt-dix mencaudées et un moulin
  3. Une veuve garde la main
  4. Autour de l’exploitation, d’autres ateliers
  5. La vache choisie par Anne
  6. Poursuivre et comparer nos recherches

L’histoire

Anne Gilliard au centre du contrat

Le 5 août 1704, le contrat d’Anne Parent et de Nicolas Tellier, laboureur, fait apparaître bien davantage que les noms des futurs époux. Anne Gilliard, veuve d’Adrien Parent, y occupe une place essentielle. Elle détient des fermages et participe à une transmission de biens. Le relevé familial des sept pages photographiées mentionne un moulin, des chevaux et du bétail : une exploitation prend forme.

Les fermages relèvent notamment du marquis de Risbourg et du chapitre de Walincourt. Ces précisions disent sous quelles dépendances les terres sont exploitées. Elles permettent de distinguer les biens possédés et les terres tenues à ferme. La transmission familiale concerne un ensemble de moyens de travail et de droits dont il faut lire les conditions.

1685 : le partage donne les liens

Un partage du 15 janvier 1685 nomme Melchior Parent, ses enfants Adrien et Hélène, ainsi que plusieurs petits-enfants. Les relations sont énoncées dans le document. C’est ce qui rend la pièce si utile : elle permet de relier des personnes que leur seul nom ne suffirait pas à identifier.

Le partage de 1685 et le contrat de 1704 éclairent deux moments différents. Les lire ensemble aide à suivre les générations et la circulation des biens. Le dossier des censiers de Bezin prolonge cette recherche ; tous les biens cités dans le contrat ne peuvent toutefois pas être localisés à Bezin sur cette seule base.

Du grain au textile

Jean Parent est marchand brasseur à Walincourt. Marguerite Boniface est située à Haucourt lors de leur mariage. Leur fille Marie Marguerite épouse Louis Lecompte, mulquinier, un métier du textile. La branche fait ainsi se rencontrer l’exploitation des terres, la brasserie et le travail d’atelier.

Comme notaire, je retrouve ici une question familière : qu’est-ce qui passe réellement d’un foyer au suivant ? Un nom dans l’arbre répond à la parenté ; un contrat décrit aussi des biens, des droits et des obligations. C’est cette seconde lecture qui donne son épaisseur à l’histoire.

Quatre-vingt-dix mencaudées et un moulin

Une vache réservée à son choix, des versements jusqu’en 1707 et une possibilité de quitter la maison : le contrat de 1704 permet de suivre les décisions d’Anne Gilliard jusque dans leurs détails. Découvrir son histoire et les encarts Melun et Farez →

La synthèse Parent–Boniface du 28 août 2026 permet de préciser le contrat de 1704 : soixante mencaudées de terres relèvent du marquis de Risbourg et trente du chapitre de Walincourt. Au moyen de conversion retenu dans le dossier, cela représente environ 31,9 hectares. Le moulin, les chevaux et le bétail donnent à cette surface ses moyens de travail. Anne Gilliard ne transmet pas seulement une liste de parcelles : elle organise la continuité d’une exploitation.

En 1686, Jean Parent épouse Marguerite Boniface à Saint-Vaast de Cambrai. Leur fille Marie Marguerite se retrouve ensuite avec Louis Lecompte, mulquinier. Le rattachement de Jean au couple Adrien Parent–Anne Gilliard est présenté comme probable par la synthèse : le partage de 1685 prouve certains liens Parent, mais ne résout pas automatiquement toute la remontée.

Sources et repères de recherche

Synthèse Parent–Boniface, 28 août 2026 ; sept photographies du contrat Tellier–Parent du 5 août 1704, Archives départementales du Nord, 2 E 26/155 ; partage du 15 janvier 1685, 2 E 26/176. Les quantités, la conversion et la lecture successorale proviennent de la transcription commentée.

Une veuve garde la main

Le contrat de 1704 peut se lire depuis les futurs époux. Il gagne à être relu depuis Anne Gilliard. Elle transmet, mais elle prévoit aussi sa propre place. Une vache à choisir, des versements échelonnés, la possibilité de quitter la maison : les clauses dessinent une femme qui organise les suites de la transmission au lieu de disparaître derrière elle.

La vache n’est pas une fantaisie au milieu d’un acte sérieux. Elle appartient au même ensemble que les chevaux, le moulin et les fermages. Le document descend jusqu’au détail concret parce que la vie qui suivra le mariage se jouera aussi là : dans l’usage des biens, dans les ressources conservées, dans la possibilité de vivre sous le même toit ou de s’en aller.

Les échéances vont jusqu’en 1707. Le mariage ne règle donc pas tout en un jour. Il ouvre une période pendant laquelle les engagements devront être exécutés. Cette durée est une autre manière de rendre les personnes visibles. Le contrat garde la mémoire d’un futur qu’Anne Gilliard a pris soin de prévoir, avec ses conditions et ses dates.

Autour de l’exploitation, d’autres ateliers

Le paysage familial ne s’arrête pas aux terres. Jean Parent est marchand brasseur à Walincourt. Marie Marguerite Parent épouse Louis Lecompte, mulquinier. Le grain et le textile appartiennent ainsi à des foyers voisins dans notre dossier, sans se confondre en une activité unique. Chacun demande des gestes, des équipements et des relations de travail que les qualifications professionnelles laissent entrevoir.

En revenant vers nous, le chemin du Cambrésis passe par Marguerite Mercier, notre arrière-grand-mère, née à Honnecourt-sur-Escaut. Son mariage avec Marcel Regairaz rapproche cette histoire du Nord de celle commencée aux Déserts puis poursuivie à Toulon. Les Mercier, les Bourlet et les familles du dossier Parent ne se présentent plus comme des patronymes dispersés : ils forment le pays familial que Marguerite apporte avec elle.

Le château d’Esnes et le moulin de Walincourt illustrent deux échelles de ce pays. Le premier situe le milieu des fonctions seigneuriales étudiées autour des Farez ; le second donne à voir un patrimoine meunier. Aucun des deux n’est présenté comme un bien transmis par le contrat de 1704. Ils permettent de regarder le territoire où les papiers font apparaître les fermiers, les officiers et les artisans.

Le château d’Esnes, dans la seigneurie dont Olivier Farez était bailli
Le château d’Esnes, dans la seigneurie où Olivier Farez exerçait comme bailli. La fonction ne signifie pas la propriété du château. AnnabelleHtn, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Image réduite, sans recadrage.

La vache choisie par Anne

Après les quatre-vingt-dix mencaudées, le moulin et les échéances, je reviens à la vache qu’Anne Gilliard se réserve le droit de choisir. Ce petit pouvoir traverse trois siècles avec une netteté étonnante. Il rend à la veuve son initiative. Dans une généalogie, elle pourrait tenir sur une ligne. Dans son contrat, elle décide encore.

Sources, filiations et pistes de recherche

Sources et questions ouvertes

Ce chapitre est une synthèse des dossiers familiaux cités ci-dessous. Les relevés et les témoignages y restent distingués des actes originaux.

Contexte : exploiter, produire, transmettre

Une exploitation agricole se comprend par les terres dont elle dispose et par les moyens de les travailler. Dans les documents de cette branche, les fermages, les chevaux, le bétail et le moulin rendent cette organisation visible. L’exploitant n’est pas nécessairement propriétaire du sol. Confondre les deux positions changerait la lecture du patrimoine et des obligations familiales.

Le dossier fait aussi apparaître des brasseurs et des mulquiniers, liés au travail textile. Ces métiers obligent à regarder au-delà d’une image uniforme de la campagne. Le grain, les animaux et les productions d’atelier ne renvoient pas aux mêmes activités.

Les repères et les questions ouvertes

Les mots censier, laboureur, marchand et mulquinier doivent conserver leur fonction dans chaque acte. Ils renseignent une activité ou une position sociale ; ils ne donnent pas à eux seuls une mesure de fortune. Deux personnes portant la même qualification peuvent disposer de moyens différents. De même, une famille travaillant une terre noble ne reçoit pas automatiquement le statut de son propriétaire.

Références des documents et dossiers

Les références reprises sont celles du dossier familial Parent–Boniface et du récit existant sur le Cambrésis. La notice désigne les Archives départementales du Nord, tabellion de Cambrai, pour le partage du 15 janvier 1685 et le contrat du 5 août 1704 ; elle renvoie aussi aux registres de Walincourt et de Malincourt.

Ces fonds sont nommés parce qu’ils figurent dans le dossier consulté. Les cotes ne sont pas reproduites comme si les pièces correspondantes avaient été revues pour cette page. Une transcription complète, avec ses difficultés de lecture, permettrait de prolonger utilement cette synthèse.

Comment lire les degrés de certitude

Compléments de cette édition : arbre familial complet emmett, export transmis le 21 septembre 2026, rapproché des dossiers cités ci-dessus. Les filiations de cet export restent distinguées des actes originaux et des raccords encore à vérifier.

Poursuivre et comparer nos recherches

Vous êtes cousin, portez l’un de ces noms ou avez rencontré ces personnes dans un registre ? Comparons nos recherches, avec un lieu, une personne décédée et la référence de votre document. Une correction sourcée aide à faire avancer le dossier.

Branche partagée avec l’humoriste Chicandier.

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