Le livre de ma famille · Récit 08 / 38 · 10 min
Claudine Boisson, la femme que les registres laissent échapper
Dans notre branche savoyarde, Claudine Boisson apparaît avec un père et un lieu d’origine, puis disparaît des pièces retrouvées. Son histoire rejoint les Jolens et les Bouvard des Déserts. Pour la suivre, il faut descendre vers Chambéry avant de remonter dans les Bauges.

Claudine nous vient du côté de notre grand-père paternel, Jean Marcel Regairaz, par son grand-père François et les femmes de la lignée Monod–Bouvard–Jolens. Suivre le chemin de Fabian et de Laurent Regairaz, dit Chicandier →
10 août 1779 : une origine tient dans quelques mots
À Saint-Léger de Chambéry, le 10 août 1779, Claudine épouse Antoine Jolens. Le curé écrit Boysson. L’acte la dit « fille d’henry Boysson », « native de Servolex », habitante de la paroisse depuis environ six ans. Le calcul nous conduit vers 1773 pour son arrivée, sans donner son âge ni son métier. Sa mère n’est pas nommée. Un détail retient l’attention : Antoine est fils de « feu claude Jolens », mais le mot « feu » ne précède pas le prénom d’Henry. Ce contraste compte dans la recherche, puisque l’Henri de La Thuile, candidat à la paternité, est mort deux ans auparavant. L’absence du mot ne démontre pas qu’Henry soit vivant ; elle interdit simplement d’ignorer la difficulté. Enfin, Servolex est l’origine déclarée de Claudine. La formule ne dit pas où son père est né ni où il habite. Quelques mots suffisent à ouvrir l’enquête, à condition de ne pas leur demander davantage.
Le rapport de Blandine Coutaz-Repland rappelle que les fonctions paroissiales de Saint-Léger avaient été transférées à la Sainte-Chapelle après la démolition de l’église. Le mariage a donc pu être célébré dans ce cadre. Il faut distinguer ce contexte de ce que l’extrait nomme expressément : une paroisse ne suffit pas, à elle seule, à prouver le bâtiment de la cérémonie.
Thoiry, puis Les Déserts
Une fille, Pernette dite Péronne, naît à Thoiry le 27 août 1783. Elle épouse Vital Bouvard aux Déserts le 4 mai 1804. Sa sœur Jacqueline est morte quelques mois auparavant, le 25 décembre 1803, à l’âge d’environ quinze ans. Antoine Jolens meurt à son tour le 14 mai 1804, dix jours après les noces de Péronne.
Ces dates décrivent une famille prise entre un mariage et des deuils. Elles ne racontent pas les conversations ni les raisons des déplacements. Le trajet de Chambéry à Thoiry, puis aux Déserts, reste celui de personnes identifiées, avec des événements que les registres permettent de suivre.
En 1807, l’héritage tient en quelques bois
Le 29 août 1807, Vital Bouvard déclare la succession de son beau-père. La transcription cite des pièces de bois et des broussailles, évaluées par leur revenu annuel de six francs. Aucun meuble n’est déclaré. Antoine habitait avec Josette Bail, avec laquelle il était « associé ». Claudine n’apparaît pas dans cette déclaration.
Ce silence ne prouve ni une séparation ni un décès à une date donnée. La pièce est fiscale : elle renseigne ce que le déclarant porte à la succession. Elle laisse Claudine hors de son champ. Le rapport ne retrouve ensuite son décès ni dans les séries consultées des Déserts, ni à Thoiry, ni à Saint-Léger. La recherche perd sa trace ; sa vie ne s’arrête pas pour autant au dernier acte retrouvé.
Notre lien avec cette famille
Fabian et Laurent Regairaz, dit Chicandier → notre père → Jean Marcel Regairaz → Marcel Regairaz → François Regairaz → Sophie Monod → Claudine Bouvard → Péronne Jolens → Claudine Boisson.
Claudine est la mère de Péronne Jolens. C’est par les femmes de cette lignée savoyarde que son histoire arrive jusqu’à nous.
Chemin relevé dans l’arbre familial complet transmis le 21 septembre 2026, avec les précisions des dossiers cités dans ce récit. Les réserves portent sur les filiations signalées.
Les notables de la combe, vus depuis leurs actes
Le 27 mai 1777, quelques mois après la mort d’Henri, les papiers de Montmélian font apparaître François, Jean et Pierre Boisson, ses fils, « communs et indivis en biens ». Ils sont dits natifs et habitants de La Thuile. Dans une quittance reçue par Jean-Baptiste Pichon, ils soldent deux cents livres envers Guillaume Giroud, de Presle, pour une vente consentie à leur père. Jean est représenté par ses frères. Le même jour, une autre pièce engage François et Pierre : ils empruntent trois cents livres à Pichon, cette fois créancier, devant le notaire Philibert Bourgeois. Jean ne figure pas parmi ces deux emprunteurs. En 1780, François revient encore dans les actes pour régler une dette paternelle envers Antoine Casset, remontant à 1769. On entre ainsi dans une famille par ce qu’elle doit payer et par les engagements qu’elle reprend. Claudine n’est nommée dans aucune de ces pièces ; cette absence ne suffit pas à exclure une sœur.
Les Calliet, Poncet dits Charffardon, Giroud et Veillet dits Rochaud élargissent le cercle de l’enquête. L’arbre Geneanet de Joël Lançon, « babylilly », attribue à Claude Calliet dit le jeune, bourgeois de Montmélian, un mariage avec Antoinette Poncet en 1693 et renvoie au registre 5E491. Ce renvoi reste à contrôler sur l’acte. Il ne fait pas de ce couple les parents de Claudine Calliet, dont l’âge au décès suggère une naissance environ vingt-six ans après ce mariage : une fille tardive et une petite-fille sont deux possibilités à départager. Le même arbre signale pour Claudine Calliet une première union avec Claude Dunand en 1741, avant Henri Boisson. Sans source primaire contrôlée, c’est une piste supplémentaire. Les familles se rapprochent sur la carte ; les générations, elles, doivent encore se rejoindre dans les actes.
La pièce attendue
Pour aller plus loin, je cherche un document qui nommerait ensemble Claudine et ses parents : baptême, contrat, quittance de dot ou partage. Le réexamen des inventaires du 22 septembre 2026 a déjà corrigé un obstacle trompeur : les registres de Servolex ne commencent pas tous en 1775. La cote 4E789 conserve des actes du XVIIe siècle. Cela ne livre pas encore le baptême recherché vers le milieu du XVIIIe siècle. À La Thuile, la fiche de 5E491 distingue les baptêmes de 1688 à 1741 et les mariages de 1688 à 1793 ; trouver un mariage de 1747 dans ce volume ne prouverait donc pas que les baptêmes de 1750 y figurent. Les parrains des enfants Jolens et les quittances de dot pourraient offrir un autre passage, si un acte précisait une parenté. La tabelle de Servolex et les rôles fiscaux peuvent aider à situer une famille ; ils ne dispensent pas du lien entre père et fille. L’enquête avance en changeant de document, sans remplir prématurément la case de la mère.
Dix jours qui rapprochent une noce et un décès
Le 4 mai 1804, Péronne Jolens épouse Vital Bouvard aux Déserts. Dix jours plus tard, son père Antoine meurt. Les deux actes ne disent pas ce que la jeune femme savait de son état le jour du mariage. Ils placent néanmoins une noce et une disparition dans un intervalle si court qu’on ne peut plus lire l’un sans penser à l’autre.
La famille venait déjà de perdre Jacqueline, morte à quinze ans le 25 décembre 1803. Dans la suite des dates, les enfants cessent d’être des lignes équivalentes. L’une ne connaîtra pas le printemps suivant ; l’autre se marie avant de perdre son père. La déclaration de succession de 1807, avec ses bois et broussailles évalués à six francs de revenu annuel, arrive après ces vies bouleversées. Elle en mesure les biens, pas l’épreuve.
Vital déclare alors ce qui vient à sa femme. Le dossier ne décrit aucun mobilier à partager. Antoine avait été associé à Josette Bail : cette indication mérite de rester avec le document, sans faire de Josette une épouse ni tirer de l’absence de Claudine une séparation que l’acte ne donne pas. Une personne peut manquer dans un papier sans que son histoire soit pour autant résolue.
Claudine revient par sa fille
La recherche de Claudine Boisson attire vers ses parents, vers Servolex et vers les Calliet. Pourtant, le chemin le plus sûr pour lui rendre une place commence par sa descendance. Péronne Jolens, sa fille, est la mère de Claudine Bouvard, née en 1814. Cette autre Claudine sera la mère de Sophie Monod. Trois femmes nous ramènent ainsi au mariage de Chambéry de 1779.
Les métiers de Vital et de Péronne, cabaretier pour l’un, cabaretière et cultivatrice pour l’autre dans l’arbre familial, replacent le couple dans la vie des Déserts. Leur établissement n’est pas localisé. Mais cette qualification suffit à déplacer le regard : on ne suit pas seulement des terres transmises, on retrouve aussi une maison de travail, des passages et un revenu dont les actes conservés ne livrent que des fragments.
Au-dessus de Claudine, la piste Henry Boisson et Claudine Calliet reste une enquête. En dessous, les noms se succèdent jusqu’à François Regairaz et à notre grand-père Jean Marcel. Cette différence fait tout l’intérêt du dossier. Une énigme sur les parents n’efface pas la femme déjà retrouvée, ni les enfants par lesquels elle entre dans notre famille.

La place de Claudine
Claudine n’a pas encore livré toute son origine. Elle a pourtant quitté l’anonymat : un mariage à Chambéry, une fille à Thoiry, une descendance aux Déserts. Je continue à chercher sa mère, mais je sais déjà par qui elle nous rejoint. Son histoire avance avec les lacunes du dossier, sans s’y réduire.
Sources, filiations et pistes de recherche
Sources et repères de recherche
Extrait du mariage Jolens–Boisson fourni avec le dossier : Archives départementales de la Savoie, Saint-Léger de Chambéry, 10 août 1779, 4E 244, vue 79. Déclaration de succession Jolens : 29 août 1807, 3Q 8/223, transcription dans le rapport. Le réexamen du 22 septembre 2026 s’appuie aussi sur les reproductions des décès d’Henri Boisson (18 février 1777, 3E253, vue 11) et de Claudine Calliet (24 décembre 1779, 3E253, vue 24), sur la quittance du 27 mai 1777 (2C870, vues 351–352), l’obligation du même jour (2C870, vues 361–362) et la quittance Casset du 4 novembre 1780 (2C445, vue 746). Les reproductions des actes notariés figurent dans le rapport fourni. Les indications de couverture de 4E789 et 5E491 proviennent des inventaires AD73 ; elles ne valent pas lecture de tous les feuillets. Les unions Calliet–Poncet et Calliet–Dunand restent des indications de l’arbre « babylilly », avec un niveau de preuve distinct des actes reproduits.
Blandine Coutaz-Repland, Savoie-Actes-Généalogie, Rapport de recherche Claudine Boisson, couverture datée de mai 2026 ; certains pieds de page portent 2025. Fabian Regairaz, Dossier généalogique Claudine Boisson, juillet 2026. Les extrapolations sociales et les pourcentages de confiance de la synthèse ne sont pas repris comme des faits.
Compléments de cette édition : arbre familial complet emmett, export transmis le 21 septembre 2026, rapproché des dossiers cités ci-dessus. Les filiations de cet export restent distinguées des actes originaux et des raccords encore à vérifier.
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De Chicandier et Fabian aux générations les plus anciennes, un récit à lire en famille.