Office · L’Araignée Bleue · Généalogie
Les Déserts · Savoie · 1867 · XIXe siècle
Trois deuils en neuf jours
Aux Déserts, les décès de Pernette et de son mari Roux, puis celui de Sophie Monod, se concentrent du 1er au 9 septembre 1867. François Regairaz a dix ans. Le calendrier rapproche les deuils sans permettre de leur attribuer une cause commune.

Dans ce récit
Où sommes-nous dans l’arbre ?
Sophie Monod est la mère de mon trisaïeul paternel François Regairaz. Cinq générations me séparent d’elle, soit le sixième rang en comptant ma génération comme la première.
- Fabian et Laurent Regairaz, dit Chicandier
- Mon père · Sosa 2
- Jean Marcel Regairaz · notre grand-père paternel · Sosa 4
- Marcel Regairaz · Sosa 8
- François Regairaz · Sosa 16
- Sophie Monod · Sosa 33
Le récit
Deux dates tiennent sur la même ligne de mon calendrier familial : le premier et le neuf septembre. Entre elles, trois décès rapprochés aux Déserts en 1867.
En septembre 1867, la chronologie familiale se resserre brutalement. Pernette et son mari Roux meurent le 1er ; Sophie Monod meurt le 9. Trois personnes, deux dates, neuf jours de calendrier. Lorsque je lis ces décès dans leur ordre, je ne vois plus trois fins de notices dispersées dans mon arbre. Je retrouve un même mois, dans le même pays des Déserts, où plusieurs branches de la parenté sont touchées.
Le récit commence par ce rapprochement. Il ne faut pas chercher loin pour en comprendre la force : les événements sont déjà là, avec leurs noms et leurs dates. Les remettre côte à côte change l’échelle de la lecture. L’arbre montre les générations ; le calendrier fait apparaître ce qu’une famille traverse presque simultanément. Ce septembre-là mérite donc sa propre page, distincte de la simple liste de mes ascendants.
Le premier jour du mois porte deux décès : celui de Pernette et celui de son mari Roux. Leur couple demeure ainsi réuni dans la chronologie jusque dans sa dernière date. Le 9 septembre vient le décès de Sophie Monod. Huit jours séparent le premier événement du dernier ; en comptant du 1er au 9, le titre embrasse neuf jours. Cette précision évite de donner au mois une durée qu’il n’a pas.
Pour Sophie, une autre série de dates précède celle du décès : neuf enfants sont nés entre 1852 et 1867. Quinze années séparent les deux millésimes extrêmes. La succession des naissances restitue une vie de mère avant de raconter sa mort. Elle empêche de réduire Sophie à la mention de femme décédée que l’on retrouvera ensuite dans les actes de ses descendants.
Son fils François Regairaz est né aux Déserts en 1857. Il a donc dix ans en cette année 1867. Je garde ce repère à côté du nombre des enfants : il donne une mesure humaine à la chronologie. François est encore un enfant lorsque sa mère disparaît ; dix-huit ans plus tard, le mariage de Toulon conservera la trace de cette absence.
Le dossier réunit deux temporalités. La première est celle d’une famille qui se constitue, de naissance en naissance, entre 1852 et 1867. La seconde tient dans les premiers jours d’un mois. Leur rencontre explique le choix de mon récit : septembre 1867 ne vient pas seul. Il arrive après des années de vie familiale dont les actes de naissance ont conservé les étapes.
Dans une présentation purement ascendante, chaque décès se range sous le nom d’une personne. Cette organisation est indispensable pour retrouver les filiations, mais elle disperse les événements contemporains. Ici, je garde ensemble Pernette, Roux et Sophie. Je peux ainsi lire le deuil du couple à côté de celui de la mère de François, sans effacer les places distinctes qu’ils occupent dans les dossiers.
Le nombre de neuf naissances appelle une lecture attentive. Il décrit la fécondité relevée dans la période ; il ne constitue pas, à lui seul, le dénombrement des enfants présents au foyer le 9 septembre. Dans le récit, chaque information garde sa fonction : les naissances montrent la succession des enfants ; les décès marquent les ruptures ; la filiation rattache François à Sophie.
Je retrouve Sophie dans l’acte de mariage de François avec Célestine Michel, célébré à Toulon le 12 novembre 1885. Sa mort y est rappelée. Une mention provençale renvoie ainsi à un événement savoyard survenu dix-huit ans auparavant. Le lieu a changé, le fils est devenu adulte, mais l’état civil garde la mère dans la présentation de son identité.
Cette continuité est au cœur de ma recherche. Une personne ne disparaît pas des documents le jour de son décès. Elle revient comme mère, père, conjoint ou ancien propriétaire dans les pièces établies pour d’autres. Sophie appartient au registre de 1867 ; elle demeure aussi présente dans l’histoire écrite de François. Le rapprochement rend à la formule du mariage sa profondeur familiale.
Le contexte
Les Déserts relient les différents moments de cette histoire. C’est le territoire de la branche Regairaz, celui des surnoms qui distinguent ses homonymes, et celui des recherches rendues difficiles par les lacunes anciennes des registres. Le récit de 1867 trouve sa place dans cet ensemble : une vallée se lit à travers les familles qui y vivent autant qu’à travers ses limites sur une carte.
À l’échelle de la branche, les parcours se diversifient ensuite. François passe par Paris avant Toulon. Barnabé Regairaz exerce la chapellerie à Buenos Aires et revient aux Déserts. Ces autres récits éclairent le territoire familial sans modifier la chronologie des trois décès. Le village reste un point de rencontre entre les vies qui s’y poursuivent et celles qui s’en éloignent.
Le lecteur peut passer de ce mois de septembre au mariage de 1885. Il retrouvera le même nom de Sophie, désormais dans une autre génération et une autre ville. C’est une manière concrète de parcourir l’arbre : suivre une personne d’un acte à l’autre, puis suivre la place qu’elle continue d’occuper dans les actes de ses enfants.
La mère avant la dernière date
Le nom de Sophie arrive souvent au détour de la vie de François. Je voudrais inverser l’ordre. Avant d’être sa mère décédée, elle a sa propre place aux Déserts, sa naissance, ses parents, les neuf naissances relevées dans son foyer. Son nom Monod ouvre une branche qui conduira, bien plus haut, vers Berthe Renaud, les Tornassat et les Pavy. La maison de 1867 est ainsi traversée par une histoire plus ancienne que le seul patronyme Regairaz.
Les femmes rendent cette continuité visible. Sophie est fille de Jean Monod et de Claudine Bouvard. Par Claudine, le chemin passe par Péronne Jolens, puis Claudine Boisson. Ce sont quatre noms qui ne se ressemblent pas. Aucun ne s’est transmis jusqu’au mien. Ils forment pourtant une ligne aussi directe que celle des hommes dont je porte le patronyme.
En remontant cette ligne, on retrouve d’autres jours serrés les uns contre les autres. Péronne Jolens épouse Vital Bouvard le 4 mai 1804 ; son père Antoine meurt dix jours plus tard. Ce rapprochement n’explique pas septembre 1867. Il révèle une autre génération, prise elle aussi entre une union qui ouvre l’avenir et un décès qui oblige à poursuivre sans un parent.
Le village et ceux qui en partent
François ne restera pas toute sa vie aux Déserts. Le mariage toulonnais le retrouve après un séjour à Paris. La distance est considérable dans la lecture familiale : le petit garçon de 1867 devient l’employé de commerce qui se marie en 1885. Mais les papiers continuent de demander qui sont ses parents. Sophie revient à cet endroit précis, là où l’identité de son fils se présente à une autre famille.
À Toulon, Célestine Michel apporte les siens, leurs métiers et leur présence parmi les témoins. Sophie appartient désormais au passé du marié. Le rapprochement des deux récits donne à cette absence sa durée : dix-huit ans. Il ne nous dit pas ce que François se rappelle ce matin-là ; il permet de comprendre tout ce que recouvre une brève mention d’état civil.
C’est pourquoi je conserve les neuf naissances à côté des trois décès. Le calendrier ne doit pas devenir un décompte de disparitions. Il y a eu des enfants, des noms donnés, une famille qui s’est agrandie, puis des vies qui ont continué ailleurs. La naissance de Marcel à Toulon en 1886 appartient à cette suite. Notre histoire arrive jusqu’à nous parce que le mois de septembre n’en a pas été la dernière page.

Au-delà du 9 septembre
Le registre s’arrête à une date ; la famille continue. François a dix ans. Dix-huit ans plus tard, il se mariera à Toulon. L’année suivante naîtra Marcel, puis viendront Jean Marcel et les générations qui nous conduisent à Laurent et à moi. Sophie n’aura connu aucune de ces vies. Elles gardent pourtant toutes une place pour elle, à l’endroit de l’arbre où son nom rejoint le nôtre.
Sources, filiations et pistes de recherche
Ce que disent les actes et les sources
Le dossier familial relève deux décès le 1er septembre 1867 et celui de Sophie le 9 ; François est né en 1857.
Déplier les références et les limites de la source
Sources. Dossier familial Regairaz–Monod : décès des 1er et 9 septembre 1867 ; naissances de 1852 à 1867.
Ces références reprennent le dossier familial publié sur ce site. Une référence de dossier ne remplace pas une cote d’archives lorsqu’elle n’est pas fournie.
Preuve, probable, hypothèse
Preuve ou relevé documenté
Le dossier familial relève deux décès le 1er septembre 1867 et celui de Sophie le 9 ; François est né en 1857.
Probable
La proximité des deuils a pu affecter l’organisation familiale ; les arrangements précis ne sont pas documentés.
Hypothèse
Une épidémie ou toute autre cause commune ne se déduit pas de la seule proximité des dates.
Ce qui reste à chercher
Les pièces présentées dans ce récit ne donnent pas la cause commune ou distincte des trois morts. La proximité des dates est établie ; l’explication médicale n’est pas documentée ici. Je conserve donc les dates sans leur ajouter une épidémie. Le mois de septembre suffit à faire apparaître la concentration des deuils.
Les arrangements quotidiens qui ont suivi la mort de Sophie ne sont pas exposés dans ce dossier publié. Qui a pris en charge chaque enfant, comment le foyer s’est réorganisé : ces questions appartiennent à la suite de l’enquête. La page s’arrête sur ce qu’elle permet déjà de restituer avec précision : neuf naissances, trois décès rapprochés, et un fils dont le mariage prolongera la mémoire de sa mère.
Compléments de cette édition : arbre familial complet emmett, export transmis le 21 septembre 2026, rapproché des dossiers cités ci-dessus. Les filiations de cet export restent distinguées des actes originaux et des raccords encore à vérifier.