D’où nous venons · Les récits de Fabian Regairaz
Du moulin au cimetière : les Lavocat, Priour et Duvivier
Avant les gravures d’Abel Mignon, il y a les mains d’une brodeuse et le travail d’un fossoyeur. Par les Chesneau, cette branche conduit mon frère Laurent Regairaz, Chicandier, et moi vers les moulins d’Acigné et les faubourgs de Rennes.
Notre grand-mère maternelle, Huguette Louise Mignon, nous conduit à son père Marcel, puis à Louise Chesneau et à Pauline Lavocat. C’est par elles que commence cette histoire rennaise. Suivre le chemin de Fabian et de Laurent Regairaz, dit Chicandier →
Dans ce récit
1829 : deux époux qui ne signent pas
Le 26 octobre 1829, à Acigné, Jean François Lavocat épouse Jeanne Marie Priour. Il est né à Nouvoitou en 1798 ; elle est née à Cesson en 1808. Le dossier les situe dans le monde des moulins et relève que ni l’un ni l’autre ne signe l’acte. Le meunier que l’on suit ici n’est pas propriétaire d’une dynastie de moulins : les métiers, les baux et les lieux changent avec les générations.
Chez les Lavocat, le chemin remonte vers Jean et Françoise Colleu, mariés à Noyal en 1664. Entre eux et le foyer du XIXe siècle, la répétition du prénom Michel rend certains raccords difficiles. Plus près de nous, François Lavocat et Perrine Duvivier se marient à Cesson en 1795. Leurs enfants grandissent dans une famille qui passe par Acigné, avant que Jean François ne prenne la route de Rennes.

La rue Saint-Malo, à partir des années 1830
Vers 1836, les naissances placent le ménage Lavocat–Priour rue Saint-Malo. Les enfants se succèdent, dont les jumelles Pauline Marie et Anne, nées le 11 août 1840. Jean François apparaît comme journalier, puis comme « sépulteur » dès 1851 : le fossoyeur entre dans les actes. Le premier texte publié retenait 1862 ; la nouvelle étude retrouve cette profession onze ans plus tôt.
Le passage du moulin au cimetière change la matière du récit. On quitte une installation que l’on peut situer sur une rivière pour un emploi dans une ville. La cause précise de ce changement ne nous est pas parvenue. Les actes montrent un travail et une adresse ; ils ne livrent ni la conversation qui a décidé du départ ni le sentiment de la famille.
1862 : Pauline signe son nom
Le 15 septembre 1862, Pauline Marie, brodeuse, épouse Jules Auguste Chesneau, employé et fils de serrurier. Elle signe « Marie Pauline Lavocat ». Une génération plus tôt, ses parents ne signaient pas leur mariage. Entre ces deux actes, l’écrit a trouvé une place nouvelle dans la famille, sans que l’on puisse dater son apprentissage.
Leur fille, née à Rennes le 3 novembre 1864, devient l’épouse d’Abel Mignon. Le dossier Lavocat la nomme Louise Marie ; d’autres notices du site inversent les prénoms en Marie Louise. Son identité dans ce couple est le point de jonction avec les Mignon. Par leur fils Marcel, ces Rennais rejoignent notre ascendance maternelle.
À Tours, les métiers attendent leur raccord
Dans le dossier tourangeau, Louis Chesneau est ouvrier en soie. Son mariage avec Marie Deschamps, en 1689, le rapproche d’une famille où Guillaume Deschamps est maître passementier. Un siècle plus tard, Pierre Cosme est journalier lorsqu’il épouse Marie Fourniau en 1774. La soie, les galons, puis un autre métier : les notices dessinent plusieurs vies, sans expliquer à elles seules les changements de condition.
Pour les faire entrer dans notre parcours rennais, il reste à vérifier la filiation de Blaise Ambroise. Le chemin proposé est précis : Louise Chesneau, son père Jules Auguste, son grand-père Blaise Ambroise, puis Pierre Cosme selon l’arbre. Le dossier spécialisé garde ce dernier lien ouvert.
Sources : Chesneau Deschamps ; Dossier Chesneau de Tours, version enrichie ; Dossier Lavocat–Priour–Duvivier, version enrichie ; arbre familial complet.
Les Priour, de Melesse au golfe du Mexique
Les Priour ouvrent une autre carte. Gilles Pierre meurt en prison à Rennes en 1794. Cette mention ne donne pas, à elle seule, le motif de sa détention ni une appartenance politique. À la génération suivante, le dossier suit quatre enfants de la parentèle vers Mobile et la Louisiane.
L’un des itinéraires est particulièrement précis : Jean Marie Priour, jardinier né à Mouazé en 1813, arrive à La Nouvelle-Orléans le 25 novembre 1836, par la barque Salem venue du Havre. Il se marie à Mobile en 1844 et meurt au Texas en 1880. Ce détour américain appartient à une branche collatérale. Il éclaire l’horizon de la famille ; notre propre fil reste celui de Jeanne Marie à Rennes.
Ce chapitre tient finalement dans trois gestes : moudre, ensevelir, broder. Puis vient la gravure. Ces métiers ne résument pas des existences, mais ils redonnent aux noms une activité, un lieu et parfois une signature.
Deux petites filles, un même jour
Le 11 août 1840, à Rennes, naissent Pauline Marie et Anne Lavocat. Deux jumelles font entrer le récit dans une maison où l’on suivait jusque-là surtout les déplacements des adultes. Leur père Jean François était né à Nouvoitou ; leur mère Jeanne Marie Priour, à Cesson. Leur mariage d’Acigné, en 1829, avait réuni ces deux chemins avant leur installation rennaise.
La rue Saint-Malo apparaît dans le parcours du couple. À partir de 1851, Jean François est désigné comme sépulteur. Ce métier donne une présence humaine aux mentions de décès qui remplissent nos recherches : derrière les registres, il fallait aussi des hommes pour accomplir les gestes des funérailles. Notre famille compte l’un d’eux.
Pauline, devenue brodeuse, épouse Jules Auguste Chesneau en 1862. Elle signe « Marie Pauline ». Les prénoms ont changé d’ordre, mais la main est bien la sienne. Ses parents ne signaient pas leur mariage ; leur fille le fait trente-trois ans plus tard. Le registre montre un changement dans cette famille sans nous raconter comment elle a appris.

La branche restée à Rennes, les cousins partis très loin
Dans les Priour, un autre parcours mène au-delà de l’Atlantique. Jean Marie, né à Mouazé en 1813, arrive à La Nouvelle-Orléans le 25 novembre 1836 sur la barque Salem, partie du Havre. Il est jardinier. Le dossier le retrouve ensuite à Mobile pour son mariage de 1844, puis au Texas, où il meurt en 1880.
Ce chemin appartient aux collatéraux. Il ne faut pas le glisser dans notre ascendance directe. Mais il agrandit le monde dans lequel cette famille s’inscrit : au moment où Jean François et Jeanne Marie élèvent leurs enfants à Rennes, d’autres Priour ont commencé une vie de l’autre côté de l’océan. Un arbre montre des liens ; leurs itinéraires disent jusqu’où ces liens peuvent se déployer.
Pour nous, le fil continue par Louise Marie Chesneau, née le 3 novembre 1864. Elle épousera Abel Mignon. Leur fils Marcel, puis notre grand-mère Huguette, nous ramènent jusqu’à cette brodeuse qui avait signé « Marie Pauline ». Dans la famille de Laurent Regairaz, dit Chicandier, et dans la mienne, une signature de mariée relie ainsi Rennes à l’histoire des Mignon.

La main de Pauline
Il reste beaucoup à éclaircir au-dessus des Chesneau. Mais Pauline n’attend pas cette réponse pour exister. Elle a un métier, une sœur jumelle, des parents dont on retrouve le chemin et une signature qui traverse le temps. Je ferme son acte en gardant cet ordre choisi par sa main : Marie Pauline.
Sources, filiations et pistes de recherche
Sources et repères de recherche
Fabian Regairaz, Dossier Lavocat–Priour–Duvivier, version 2, 2026 : actes de Noyal, Acigné, Cesson et Rennes ; mariage Lavocat–Colleu, Noyal, 23 février 1664, AD35 10 NUM 35207 323, vue 2 ; mariage Lavocat–Priour, 26 octobre 1829 ; mariage Chesneau–Lavocat, Rennes, 15 septembre 1862. Les itinéraires américains sont résumés d’après les références réunies dans ce dossier.
Le livret D’où nous venons fournit la trame familiale. Sur la jonction des Chesneau de Tours et de Rennes et sur la profession de sépulteur dès 1851, la présente rédaction retient les précisions du dossier spécialisé.
Compléments de cette édition : arbre familial complet emmett, export transmis le 21 septembre 2026, rapproché des dossiers cités ci-dessus. Les filiations de cet export restent distinguées des actes originaux et des raccords encore à vérifier.