D’où nous venons · Les récits de Fabian Regairaz
Recourt et Delagarde : deux générations derrière les mêmes noms
Par les Mignon et les Doux, notre histoire rejoint Anne Recourt, épouse de Pierre Ardouin. Le dossier de ses parents, Jean Recourt et Marthe Delagarde, nous conduit à Saint-Michel-de-Rivière et à La Roche-Chalais, parmi des cordonniers, des chirurgiens, des marchands et des gens d’actes.

Dans ce récit
- Un mariage et une année qui résiste
- Chez les Recours, le chirurgien et le cordonnier
- Delagarde : une famille à plusieurs niveaux sociaux
- Retrouver les femmes entre les registres
- Un portrait de milieu, sans château emprunté
- À La Roche, deux générations et deux métiers
- Anne Recourt, le passage vers les Mignon
- Le cuir, les soins et la gravure
- Poursuivre dans la famille
Un mariage et une année qui résiste
Jean Recourt est cordonnier, originaire de la paroisse du Petit-Saint-Aigulin. Marthe porte le nom Delagarde, également écrit de La Garde. Leur mariage à Saint-Michel-de-Rivière est placé un 30 juillet. La version 4.1 du dossier garde deux millésimes, 1709 et 1713 : une lecture ancienne et la chronologie des actes voisins se contredisent.
Le récit peut avancer sans choisir arbitrairement. Jean et Marthe forment bien le couple étudié ; l’année doit être relue sur l’original. La difficulté devient instructive : un chiffre mal déchiffré décale les âges, déplace les naissances recherchées et peut finir par changer la mère que l’on attribue à un enfant.
Chez les Recours, le chirurgien et le cordonnier
Le patronyme se rencontre sous les formes Recourt, Recours et Recous. Le dossier distingue un Jean Recours maître chirurgien à La Roche et le Jean cordonnier de la génération suivante. Les registres font aussi apparaître des femmes Recours déjà mariées avant les événements religieux de la fin du XVIIe siècle. La famille ne tient plus dans une unique fratrie : deux générations se superposent dans les anciennes reconstitutions.
La distinction des générations oblige à reprendre la question des épouses du chirurgien. Anne Barthoumé et Anne Priou ouvrent deux pistes différentes. La présence de Priou dans des baptêmes ne résout pas l’identité de la mère de chaque enfant ; la datation du contrat signalé en mars 1675 doit encore être contrôlée. Je conserve ces pistes côte à côte plutôt que de les fondre en une seule femme.
Delagarde : une famille à plusieurs niveaux sociaux
Du côté de Marthe, le nom se rencontre dans les métiers de la justice, du commerce et de l’échoppe. Jacques est huissier ; un Ezéchiel est cordonnier ; d’autres porteurs du nom apparaissent comme marchands ou tailleurs. Les mêmes prénoms circulent entre les foyers, et la seule proximité du nom ne désigne pas le père de Marthe.
La note laisse donc plusieurs rameaux candidats. C’est une limite féconde : la parentèle cesse d’être un décor indistinct. Chaque acte est relu pour savoir qui signe, qui témoigne, de quel conjoint il est question et quelle profession est donnée à cet instant. Une famille d’officiers peut avoir des parents artisans ; cette diversité ne suffit pas à relier deux homonymes.
Retrouver les femmes entre les registres
L’histoire protestante du pays modifie le terrain de la recherche. Selon les périodes, il faut croiser les registres du temple, les registres catholiques et les minutes notariales. Des femmes qui manquent dans une série réapparaissent au baptême d’un enfant ou au mariage d’un proche. Le silence d’un registre est parfois le signe que l’on cherche au mauvais endroit.
Anne Recourt, la fille de Jean et de Marthe, épouse Pierre Ardouin au XVIIIe siècle. Leur descendance conduit à Jeanne Ardouin, épouse de Jean François Doux. C’est par ces femmes que ce dossier revient vers les Mignon et vers nous. Les notaires et les chirurgiens attirent le regard ; la continuité du parcours passe tout autant par celles dont les métiers sont moins souvent consignés.
Un portrait de milieu, sans château emprunté
Le dossier Recourt–Delagarde donne assez de matière pour raconter les professions, les alliances et les lieux. Les familles notables du marquisat y apparaissent comme des voisins, des témoins, des créanciers ou des parents à établir. Les armoiries mentionnées dans certaines sources alliées ne sont pas attribuées à Jean Recourt ou à Marthe : aucun blason familial ne se déduit de ces seuls rapprochements.
À La Roche, deux générations et deux métiers
Le nom Recours revient, et le métier change. Un Jean est maître chirurgien à La Roche ; le suivant est cordonnier au Petit-Saint-Aigulin. La répétition du prénom pourrait les rapprocher jusqu’à les confondre. Leur travail permet au contraire de leur rendre deux existences. Le fils ne prolonge pas nécessairement le métier du père, même quand il porte son nom.
Le dossier nous fait ainsi passer d’un homme défini par les soins à un homme défini par le cuir et les chaussures. Il ne conserve ni boutique ni clientèle. Ce sont les qualifications des actes qui font apparaître ces activités. Elles donnent de l’épaisseur à une région que l’on traverserait trop vite si l’on ne retenait que les paroisses et les mariages.
Les femmes obligent à la même attention. Anne Barthoumé et Anne Priou ne peuvent devenir une seule personne parce qu’un prénom s’accorde. Marthe Delagarde apporte à son tour un nom partagé par plusieurs familles. Derrière une filiation apparemment courte se cache un travail de distinction : deux Jean, plusieurs Anne, des Delagarde dont les métiers et les lieux ne se recouvrent pas toujours.
Anne Recourt, le passage vers les Mignon
Anne Recourt, née en 1719 et morte en 1789 dans l’arbre familial, épouse Pierre Ardouin. Elle est le point où ces recherches anciennes prennent pour nous une direction précise. Leur fille Jeanne Ardouin conduit à Jean François Doux, puis à Anne Doux, la mère d’Abel Mignon. La gravure d’Abel, bien plus tard, repose dans notre arbre sur cette succession de noms modestes.
Le paysage familial change au passage. Saint-Aigulin et Saint-Michel-de-Rivière appartiennent au dossier ancien ; Cenon et Paris apparaissent dans la vie des générations suivantes. La mobilité ne se résume donc pas au départ d’un artiste pour la capitale. Elle commence par les déplacements et les unions de ceux qui n’ont laissé aucune œuvre signée.
Les registres protestants ouvrent encore d’autres pistes parmi les Delagarde et leurs proches. Il faut les lire avec les mêmes précautions que les registres catholiques : une confession, un patronyme ou une proximité de village ne suffisent pas à raccorder deux familles. Mais cette diversité des documents enrichit le récit. Nos ancêtres ne sont pas entrés dans l’histoire par une porte unique ; leurs traces nous demandent, aujourd’hui encore, de passer de l’une à l’autre.

Le cuir, les soins et la gravure
Au bout de cette branche, je ne vois plus seulement le nom d’Abel Mignon. Je retrouve en amont un chirurgien, un cordonnier, Anne Recourt et les femmes qui la relient à lui. Leurs gestes n’ont pas laissé les mêmes traces que ceux du graveur. Leur place dans notre histoire n’en est pas moins précise.
Sources, filiations et pistes de recherche
Sources et repères de recherche
Fabian Regairaz, Recourt et Delagarde, V4.1, août 2026, 23 pages : notamment § 2 (1709/1713), § 4 (les deux générations Recours), § 5 (les rameaux Delagarde), § 6–7 (Barthoumé et Priou). La note identifie ses pièces de Q à AH et conserve les lectures à vérifier.
Registres de Saint-Michel-de-Rivière et dossiers protestants de La Roche-Chalais cités dans l’étude. Les contrats alliés renvoient notamment aux cotes AD33 3 E 56602 et AD24 3 E 490 et 3 E 6902. Ces références sont reprises de la note ; elles ne sont pas présentées comme des minutes nouvellement relues ici.
Compléments de cette édition : arbre familial complet emmett, export transmis le 21 septembre 2026, rapproché des dossiers cités ci-dessus. Les filiations de cet export restent distinguées des actes originaux et des raccords encore à vérifier.
Poursuivre dans la famille
Abel Mignon, du Périgord à la gravure · Les autres branches des Mignon