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Le livre de ma famille · Récit 20 / 38 · 3 min

Rue Vandrezanne : une mère, trois enfants et le Paris des Gobelins

Une plaque de rue peut devenir le commencement d’un récit. La rue Vandrezanne, dans le XIIIe arrondissement de Paris, est pour moi une manière d’entrer dans le dossier des Bessin et des tapissiers. Le nom rappelle une alliance familiale. Derrière lui, un acte de 1788 fait apparaître une mère et trois enfants.

La rue Vandrezanne à Paris, photographiée en 2024
La rue Vandrezanne, Paris XIIIe, en 2024. Chabe01, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. La rue actuelle est un point de promenade ; elle ne désigne pas le domicile identifié du couple Vandrezanne–Bessin.

Madeleine Hélène reste avec les petits

Le dépouillement d’une tutelle du 30 avril 1788 nomme François Toussaint Vandrezanne, tapissier aux Gobelins, déjà décédé. Sa veuve, Madeleine Hélène Bessin, est désignée comme tutrice. Les enfants sont Jean Ange, âgé de six ans, Jacques François, âgé de quatre ans, et André Toussaint, encore nourrisson.

Le document ne raconte pas une journée de leur vie. Il organise leur représentation et leurs intérêts après la mort du père. Pour le lecteur, les âges suffisent à donner sa mesure à la situation. Madeleine Hélène a auprès d’elle deux jeunes garçons et un bébé. La famille doit continuer, et les papiers donnent une forme à cette responsabilité.

Une alliance dans le monde des tapissiers

Les Bessin nous sont déjà connus par Jean Marc et Jean Charles, tapissiers du Roi aux Gobelins. Par Reine Madeleine, les Lefèvre, les Cambray et les Cadet, cette branche rejoint Gabrielle, notre arrière-grand-mère. Le dossier Vandrezanne appartient au cercle de ces familles d’artisans et de leurs alliances ; il ne remplace pas cette ligne directe par une autre.

Le métier de François Toussaint crée une proximité avec les Bessin. On imagine volontiers les tapisseries lorsqu’on prononce le nom des Gobelins. L’acte de tutelle attire l’attention ailleurs : vers les enfants, le deuil et les décisions nécessaires pour protéger ceux qui restent. Les métiers prestigieux n’empêchent pas les familles de connaître des situations très ordinaires et très difficiles.

Octobre, tapisserie des Gobelins tissée entre 1732 et 1737 : vendanges et scènes de cour dans une bordure fleurie.
Octobre, Les Mois de Lucas, manufacture des Gobelins, 1732–1737, sous la direction de Michel Audran. The Met, 44.60.8, domaine public. Illustration de la production des Gobelins ; cette tapisserie n’est pas attribuée à Jean Marc ou Jean Charles Bessin.

Marcher dans un livre

La photographie de la rue Vandrezanne montre la rue actuelle. Elle ne désigne pas le domicile identifié de François Toussaint et de Madeleine Hélène. La nuance tient dans la légende ; elle laisse au lieu son rôle de point de départ pour une promenade dans le quartier et vers les Gobelins.

On peut venir avec un enfant, lui montrer la plaque, puis ouvrir la page du livre. Le nom qui paraissait seulement parisien retrouve alors des personnes : Madeleine Hélène, Jean Ange, Jacques François, André Toussaint. L’histoire ne flotte plus quelque part dans un passé abstrait. Elle accompagne le regard posé sur la ville.

Ce qu’une adresse peut transmettre

Nous n’avons pas tous un château à retrouver. Nous avons parfois une rue, un atelier, une ferme ou le nom d’un hameau. Ces lieux méritent autant d’attention. Ils permettent de raconter une famille en sortant de chez soi, de donner une destination à une curiosité et d’associer un souvenir nouveau à des vies anciennes.

La rue Vandrezanne fait cela pour notre livre. Une alliance Bessin ouvre le quartier ; un acte nous rend une mère et ses enfants ; la promenade leur donne une place dans notre présent. C’est une belle manière de laisser une trace : relier les papiers à ce que les plus jeunes pourront un jour regarder à leur tour.

Sources et mémoire familiale

Familles parisiennes, entrée François Toussaint Vandrezanne : dépouillement de tutelle du 30 avril 1788. Notice Vandrezanne–Bessin déjà publiée dans Mon arbre. Le cliché de la rue ne localise pas le domicile du couple ; les références de l’éponymie de la rue sont distinctes de cet acte de famille.