D’où nous venons · Les récits de Fabian Regairaz
À Toulon, les métiers qui réunissent les Michel, Gros et Ciceron
Avant de rencontrer les Regairaz, Célestine Michel appartient déjà à une longue histoire toulonnaise. Avec mon frère Laurent, Chicandier, je remonte par elle vers des maçons, des charpentiers, des canonniers et des employés de la Marine. Les mariages rassemblent des familles venues des montagnes et des villages de l’intérieur autour du port.
Dans ce récit
- 1843 : le magasinier et la fille du commis
- 1732 : Embrun et Cabasse se retrouvent à Saint-Louis
- 1762 : le canonnier et la fille de Jean Joseph
- Épicaris et les Ciceron : une famille autour de l’arsenal
- 1885 : le Savoyard entre dans cette histoire
- Épicaris, deux mariages et une ville de travail
- Autour de l’arsenal, des métiers qui se répondent
- Le port dans les prénoms
- Poursuivre dans la famille
1843 : le magasinier et la fille du commis
Le 25 octobre 1843, Jean Baptiste André Michel épouse Rosalie Alexandrine Gros. Il est magasinier à la direction d’artillerie, fils de Pierre Noël Michel, maçon, et de Marguerite Lieutaud. Elle est fille de Jules César François Gros, commis de marine en retraite, et de Marguerite Épicaris Ciceron. Les métiers occupent peu de place sur la page, mais ils font apparaître plusieurs générations de travail.
Le père du marié travaillait à la maçonnerie ; le fils est entré dans les magasins de l’artillerie. Quarante-deux ans plus tard, au mariage de Célestine, il sera qualifié d’agent comptable de la Marine en retraite. Le dossier conserve donc deux fonctions à deux moments de sa vie. Entre elles se trouve une carrière dont les états de service pourraient encore préciser les étapes.

1732 : Embrun et Cabasse se retrouvent à Saint-Louis
Le 14 septembre 1732, Jean Joseph Michel épouse Magdeleine Roux dans la paroisse Saint-Louis de Toulon. Le relevé de l’acte nomme les parents de l’époux, Jacques Michel et Marie Tassy, et renvoie à l’Embrunais. La mariée est fille de Jacques Roux et de Magdelaine Durand, de Cabasse. Sa mère est présente. Dans une seule union, deux origines éloignées se rencontrent dans le port.
Le dossier rapproche Marie Tassy de Marie Taxil et cite le contrat passé en 1688 devant Me Rispaud, à Embrun, pour Jacques Michel et Marie Taxil. Le baptême de Jean Joseph reste la pièce à retrouver pour compléter ce raccord. La migration est déjà visible dans le mariage toulonnais ; son parcours personnel, ses étapes et les raisons du départ restent plus discrets.
Du côté de Cabasse, le mariage Roux–Durand du 26 novembre 1703 réunit notamment un notaire royal, un bourgeois et un marchand parmi les témoins. Les recherches remontent ensuite, par les Gautier, vers Rians et Vauvenargues. La famille de Célestine contient ainsi plusieurs histoires provençales, bien au-delà de son seul patronyme.
1762 : le canonnier et la fille de Jean Joseph
Le 15 juin 1762, Jean Louis Gros, canonnier, épouse Élisabeth Rose Michel, fille de Jean Michel et de Magdeleine Roux. Son père, Esprit Gros, est maître charpentier. La génération suivante est celle de Jules François César Gros, futur commis, qui épouse en 1821 Marguerite Catherine Épicaris Ciceron. Les formulations du nom et l’ordre des prénoms varient dans les relevés ; les conjoints et les parents permettent de garder le fil.
Épicaris et les Ciceron : une famille autour de l’arsenal
Épicaris est née à Toulon le 14 ventôse an III, soit le 4 mars 1795. Lorsqu’elle épouse Jules Gros le 17 octobre 1821, elle est veuve de Louis Joseph Auguste Bounaud, porte-consigne, mort l’année précédente. Sa vie conjugale ne commence donc pas avec la branche dont nous descendons : un premier mariage et un deuil la précèdent.
Son père, Alexandre César Ciceron, est donné comme canonnier et « grand invalide ». Son grand-père, Joseph François Ciceron, né à Villecroze en 1705, a exercé comme charpentier puis canonnier à Toulon. Autour d’eux, le dossier relève aussi un perruquier, un coiffeur et un apprenti voilier. L’arsenal entraîne dans le récit toute une ville de métiers.
L’alliance avec les Clavel apparaît en 1808, lorsque Catherine Rose Ciceron, sœur d’Épicaris, épouse Joseph Victor Clavel, peintre-vitrier. Un Clavel est témoin en 1843 ; ce nom revient encore en 1885. Il reste à identifier exactement chaque témoin, mais les actes invitent déjà à suivre les proches sur plusieurs générations.
1885 : le Savoyard entre dans cette histoire
Lorsque François Regairaz arrive à Toulon après Paris, il rejoint donc un milieu familial installé depuis longtemps autour du port. Le frère de Célestine, André, distributeur-comptable de la Marine, figure parmi les témoins du mariage. Le nom Regairaz entre dans cette histoire par une femme qui porte avec elle les Michel, les Gros, les Ciceron, les Roux et les Lieutaud. C’est tout ce monde que son acte de mariage ouvre derrière elle.
Épicaris, deux mariages et une ville de travail
Marguerite Catherine Épicaris Ciceron naît en 1795. Son prénom rare attire le regard ; son parcours le retient. Elle épouse Louis Joseph Auguste Bounaud, porte-consigne, le 21 octobre 1818. Il meurt le 4 juin 1820. Le 17 octobre 1821, elle se remarie avec Jules François César Gros, commis de la Marine.
Sa fille Rosalie Alexandrine naît en 1822. Rosalie épousera Jean Baptiste André Michel et deviendra la mère de Célestine. Trois générations de femmes relient ainsi les Ciceron au mariage Regairaz de 1885. Le port n’arrive pas dans notre famille par un seul emploi : il est déjà présent dans les vies des parents, des conjoints et des frères.
Le frère d’Épicaris, Joseph Alexandre, est apprenti voilier. Né le 7 février 1805, il meurt le 13 février 1823, quelques jours après ses dix-huit ans. Le dossier ne donne pas la cause de sa mort. Il garde un métier commencé, et une vie arrêtée si tôt que la qualification d’apprenti prend tout son poids.
Autour de l’arsenal, des métiers qui se répondent
Le père d’Épicaris, Alexandre César Ciceron, est canonnier et grand invalide. Sa sœur Catherine Rose épouse Joseph Victor Clavel, peintre-vitrier, en 1808. Dans l’ascendance des Gras, Charles est armurier. Les actes font apparaître un entourage où le travail militaire, les fournitures et les métiers de la ville se côtoient sans se confondre.
Jean Baptiste André Michel, le père de Célestine, est magasinier de l’artillerie en 1843, puis cité comme ancien agent comptable de la Marine au mariage de sa fille. Son parcours relie les deux dates. À ses côtés, André Michel, frère de la mariée, est lui aussi distributeur-comptable de la Marine. Pour François Regairaz, qui vient des Bauges après un passage à Paris, cette union ouvre une famille installée dans un autre monde de travail.
La toile de Vernet représente un Toulon antérieur de plusieurs générations à cette noce. Elle aide à regarder l’espace du port ; elle ne représente aucun de ces ancêtres identifiés. C’est le rapprochement entre cette vue, les adresses et les qualifications des actes qui permet de rendre à la ville sa profondeur familiale. Derrière le décor, les Ciceron, les Gros et les Michel reprennent leur nom.

Le port dans les prénoms
Je suis arrivé à Toulon par François Regairaz. J’y ai trouvé Célestine, puis Rosalie, Épicaris, un apprenti voilier, un canonnier et des comptables de la Marine. Notre histoire ne se contente plus d’une date de mariage. Elle possède désormais les noms de ceux qui donnent au port une place dans notre famille.
Sources, filiations et pistes de recherche
Sources et repères de recherche
Les aïeux varois. De la Sainte-Victoire à l’arsenal de Toulon, note de synthèse de Fabian Regairaz, août 2026, sections II à VI et XI. Lecture complémentaire de l’image fournie du mariage Michel–Gros de 1843.
Actes cités : Toulon, 12 novembre 1885 ; 25 octobre 1843 ; 3 mars 1813 ; 17 octobre 1821 ; Saint-Louis, 15 juin 1762 et 14 septembre 1732 ; Cabasse, 26 novembre 1703. Contrat Michel–Taxil, 25 novembre 1688, Me Rispaud, AD Hautes-Alpes, 1 E 3267. Les autres actes sont utilisés d’après les relevés du dossier, sans nouvelle consultation des registres originaux.
À préciser : naissance de Jean Baptiste André Michel (divergence 1816/1817), baptême de Jean Joseph en Embrunais, ascendance de Pierre Noël, parenté éventuelle entre les deux lignes Lieutaud et identité des témoins Clavel. Le tableau de Vernet est une illustration historique du port, documentée par la notice du Louvre.
Compléments de cette édition : arbre familial complet emmett, export transmis le 21 septembre 2026, rapproché des dossiers cités ci-dessus. Les filiations de cet export restent distinguées des actes originaux et des raccords encore à vérifier.
Poursuivre dans la famille
Le mariage de 1885 · La Provence des actes · Les métiers de l’écrit