D’où nous venons · Les récits de Fabian Regairaz
Notaires, greffiers et juges : les métiers de l’écrit dans ma famille
Je suis notaire. En remontant notre arbre, partagé avec mon frère Laurent Regairaz, Chicandier, je rencontre d’autres hommes qui ont reçu des actes, tenu des écritures ou exercé la justice. Leurs fonctions et leurs époques diffèrent. Leurs dossiers ont un point commun : ils nous ramènent aux décisions concrètes des familles.

Dans ce récit
À Aillon, les Pavy
Bernard Pavy et son père César sont présentés comme notaires à Aillon-le-Vieux. Bernard, né vers 1647 et mort en 1727, épouse en 1663 Melchiotte de Breton, née à Allèves en 1649. Le mariage ouvre une autre histoire professionnelle : Melchiotte est fille de Jacques de Breton, noble maître verrier, et de Marguerite du Praz.
Le dossier réunit ainsi l’écriture des actes et le travail du verre. Les épouses relient ces milieux et font entrer de nouveaux noms dans la recherche. Pour lire cette branche, il faut garder ensemble les Pavy, les Breton et les du Praz, puis retrouver les pièces qui décrivent leurs alliances et leurs biens.
En Beauce, un notaire qui est aussi laboureur
Dans la branche beauceronne des Huchet, Gilles Bigot, né vers 1666 et mort en 1728, est relevé comme laboureur en 1706 puis comme « notaire et laboureur » en 1716. Ces deux mots, conservés par le livret, suffisent à faire apparaître plusieurs activités dans une même vie. Ils donnent envie de retrouver ses minutes, de savoir pour qui il écrit et quels biens il exploite.
Le détail est précieux parce qu’il résiste à une présentation trop uniforme des métiers. Un intitulé rencontré une année ne raconte pas toujours toute une carrière. Ici, les deux relevés permettent au moins de poser la question de leur coexistence.
Dans le Maine, les Poulle ; en Charente, les Testaud
La branche Leroux–Chevignier–Gallois conduit à Marie Marthe Poulle. Le livret la donne comme fille de Mathurin Poulle, notaire royal et sieur de la Vincenderie à Torcé-en-Vallée, lui-même fils d’un autre Mathurin Poulle, notaire royal né en 1631. Le prénom répété impose de séparer les générations avant de rattacher une minute à son auteur.
Du côté des Testaud, on rencontre un greffier à Saint-Aulais, un notaire royal mentionné en 1648 et, plus tard, un juge de Vignolles et de Saint-Paul. Ce dernier, Jean Testaud, laisse en 1754 cinq cents livres à sa sœur Julie. L’homme de justice entre alors dans le récit par une décision familiale, conservée dans un acte reçu par un autre notaire.
Ce que les actes font voir
À Walincourt, le contrat de 1704 prévoit la reprise d’une exploitation et l’entretien d’Anne Gilliard, avec une solution si la vie commune devient difficile. Lire cet exemple concret de transmission familiale →
Les recherches prennent toute leur force lorsqu’elles quittent la seule liste des offices. Aux Gobelins, le contrat de remariage de Jean Charles Bessin, en 1758, organise l’entretien de sa fille Reine Madeleine. En Savoie, le dossier de Claudine Boisson oblige à suivre les actes et les parentés entre Chambéry et les Bauges. À Toulon, en 1885, les mentions du mariage de François Regairaz et de Célestine Michel aident à reconstituer une installation familiale.
Protéger une enfant, retrouver une femme, comprendre un départ : voilà ce que ces papiers nous permettent de raconter. Mon métier me rend attentif aux clauses, aux qualités et aux signatures. La généalogie y ajoute les vies qui continuent après la dernière ligne de l’acte.
Quand les femmes font écrire l’avenir
Dans nos dossiers, les hommes qui tiennent la plume sont souvent nommés par leur métier. Les femmes apparaissent autrement : elles demandent une garantie, acceptent une transmission, réservent un bien ou veillent à la place d’un enfant. Leurs décisions donnent pourtant aux actes une grande part de leur contenu.
Anne Gilliard en fournit un exemple dans le contrat de 1704. Elle transmet la cense, choisit les conditions de sa vie auprès des futurs époux et prévoit ce qui lui sera dû si elle quitte la maison. La vache qu’elle se réserve n’est pas un détail pittoresque. Elle fait partie des moyens concrets par lesquels une veuve conserve une autonomie après avoir organisé l’avenir des siens.
Aux Gobelins, le contrat de remariage de Jean Charles Bessin protège sa fille jusqu’à seize ans. Madeleine Reine est trop jeune pour signer sa propre protection, mais le document lui fait une place dans le nouveau foyer. Entre le Cambrésis et Paris, deux actes très différents se rejoignent ainsi autour de la même question : comment transmettre sans abandonner quelqu’un en chemin ?

Le notaire vit aussi hors de son étude
Bernard Pavy est fils d’un notaire et mari d’une fille de maître-verrier. Melchiotte de Breton apporte à son histoire les familles d’Allèves. Leur union de 1663 empêche de réduire les Pavy à une suite de titulaires d’une fonction. Autour des minutes, il y a des alliances, des enfants et des métiers qui ne se confondent pas avec celui de l’écrit.
Le dossier d’Arthur Marchant propose une autre rencontre avec le notaire. Dans son testament de mars 1643, les créances et les héritiers voisinent avec les dispositions religieuses. L’homme qui connaissait les actes devient lui-même celui dont il faut régler les affaires. Son métier n’efface ni les inquiétudes d’une succession ni les difficultés que ses dernières volontés laissent aujourd’hui au lecteur.
Je retrouve dans ces histoires des questions que l’on pose encore aux documents : qui est engagé, qui reçoit, qui doit être protégé, et qu’est-ce qui reste à établir ? Mon métier rend ces phrases familières. Il ne crée pas une vocation héréditaire à travers les siècles. Il m’aide surtout à voir les personnes que l’on perdrait si l’on ne lisait que le nom du notaire au bas de la page.

Ce que les actes ont gardé
Une signature conserve un geste ; une clause conserve parfois une inquiétude. Les métiers de l’écrit nous ont transmis les deux. En retrouvant les Pavy, les Marchant, les Poulle et les Testaud, je rencontre des praticiens. En lisant ce qu’ils ont rédigé, je retrouve surtout des familles qui essayaient d’organiser la suite.
Sources, filiations et pistes de recherche
Sources et repères de recherche
Livret familial D’où nous venons, transmis par Fabian Regairaz en 2026. Chapitres III, VII, VIII, XII et XIV. Les qualités professionnelles des Bigot, Poulle, Testaud et Pavy sont rapportées d’après cette synthèse, sans nouvelle consultation des minutes originales.
Pour les études documentaires détaillées, voir les récits Bessin–Gobelins, Claudine Boisson et Toulon 1885, avec leurs références propres. Les fonctions historiques évoquées ici ne sont pas assimilées aux règles d’exercice actuelles du notariat.
Compléments de cette édition : arbre familial complet emmett, export transmis le 21 septembre 2026, rapproché des dossiers cités ci-dessus. Les filiations de cet export restent distinguées des actes originaux et des raccords encore à vérifier.
Poursuivre dans la famille
Les Pavy à Aillon · Le contrat des Bessin · Le legs de Julie Testaud · Les Gallois d’Ugine